Eternal Sonata - Jeu 360

Si Eternal Sonata était une partition, sa mélodie serait radieuse, chaleureuse, enjouée, vibrante. La composition de Bandai Namco a ceci d'extraordinaire qu'elle illumine notre coeur en même temps que notre écran. Derrière cette allégorie du pauvre se cache un gros coup de coeur pour un jeu qui ose, sans pour autant aller au bout de tous ses concepts, qui innove, tout en restant lové dans un certain conformisme, qui dépoussière des vestiges ludiques tout en regardant vers l'avenir.

 

Si de prime abord, on pourrait se croire dans un univers "barbiesque" où chaque sentiment ne semble être la résonance d'une chape de couleurs criardes venant inonder le moindre décor, la vérité saute aux yeux très rapidement. Vous pouvez cependant oublier les exactions philosophiques d'un Xenogears ou les dénonciations écologiques d'un Final Fantasy VII puisqu'en sus et place, Namco nous invite à côtoyer le compositeur Frédéric Chopin alors à l'orée de sa mort. De cette idée atypique va pourtant découler tout le scénario du soft qui prend ici des airs de biographie sonore et ludique. Cependant il convient d'être clair dès le départ.

Le scénario d'Eternal Sonata, sous des faux airs de RPG japonais "rose bonbon", entreprend de nous conter les derniers jours de Chopin cloué dans un lit par la tuberculose.

Découpé en chapitres, le titre nous livre alors une sorte de métaphore bariolée des événements vécus par Frédéric Chopin. Le petit plus vient ici du fait que chaque chapitre s'ouvre sur un diaporama composé de photos des lieux ayant émaillé l'histoire de l'artiste et servant ainsi de préambule culturel à ce que nous allons vivre quelques instants plus tard. Au final, la balance est équilibrée et bien que l'histoire renvoie à celle de plusieurs RPG, plusieurs références ou allusions situent le scénario d'Eternal Sonata dans la sphère des jeux de rôle avisés, astucieux et donnant envie de se documenter sur le sujet influençant directement l'oeuvre.

L'autre point très important du jeu décortiqué dans ces lignes est bien évidemment la musique, muse du maître au même titre que George Sand ou sa patrie Varsovie. Ainsi, le jeu profite d'une fantastique bande-son, qui évoque tout de même un peu trop les précédents travaux de Motoi Sakuraba. Pour rester dans le sujet, on émettra deux petits bémols. Premièrement, il est regrettable que les accords de Chopin ne s'invitent principalement que pour illustrer les diaporamas évoqués plus avant, et bien que plusieurs thèmes symphoniques soient hantés par le spectre musical du Polonais on aurait apprécié une once d'originalité supplémentaire pour illustrer encore un peu mieux les propos des développeurs. Le second point qui m'a légèrement déçu vient de la véritable influence de la musique sur le jeu en lui-même. De fait, si les noms des héros puisent dans la vaste gamme d'instruments ou de danses, on pourra être surpris qu'au final la musique en tant que telle soit bien moins mise en avant que dans un titre comme Steambot Chronicles.

Cet aspect déçoit d'autant plus que les partitions qu'on peut trouver un peu partout dans le monde de Trusty Bell ne servent au final qu'à obtenir des objets plus ou moins rares. Pour se faire, vous aurez simplement à parler à tous les NPC que vous croiserez en espérant tomber sur un fin mélomane qui vous proposera un petit "boeuf". Vous devrez alors choisir la partition qui vous intéresse puis la jouer conjointement avec celle de la personne vous faisant face. Why not mais pourquoi ne pas avoir permis au joueur, tout comme dans The Legend Of Zelda : The Windwaker pour ne citer que ce dernier, de jouer directement la partition via un mini-jeu ? Eternal Sonata pêche en effet par une longévité réduite qui trouve en son New Game+ une sorte d'écho salvateur mais qui ne représente pas pour autant la solution miracle. Néanmoins, la progression passe à travers le piège des temps morts, opte pour des combats qu'on peut éviter et à part quelques cinématiques longuettes ou deux ou trois passages fort mal agencés, la construction est un modèle du genre.

Comme je viens de le dire, si on peut être dispensé d'affrontements, ceux-ci restent le seul moyen de booster les caractéristiques de vos héros. On prend donc son courage à deux mains et on se lance dans la mêlée, seul ou avec deux amis, petite astuce déjà présente dans Tales Of Symphonia. Pour revenir au coeur du débat, précisons d'emblée que le tout ne se joue par au tour par tour mais via un semi-temps réel si je puis m'exprimer ainsi.

Ainsi, outre le fait de devoir matraquer le plus souvent les touches d'action pour maltraiter les ennemis, il faudra faire attention à plusieurs points. Le premier concerne la position de vos personnages par rapport à l'adversaire. De fait, vous devrez prendre en compte le temps que vous demande une attaque spéciale et bien penser votre stratégie à l'avance afin de positionner vos personnages à la fin de chaque tour d'action. De plus, il est aussi possible d'utiliser une succession d'attaques basiques pour faire monter le niveau de nos techniques spéciales, celles-ci étant alors démesurément puissantes. Nonobstant les vraies qualités du système, on déplorera malgré tout une IA des adversaires très moyenne équivalant à de grosses pertes de temps dans leurs déplacements et nous simplifiant d'autant plus la tâche. Au rayon des petites choses qui fâchent, citons en outre la résistance bien trop importante des créatures rallongeant inutilement les combats contre les ennemis communs.

En conclusion, que penser d'Eternal Sonata ?

Eh bien pour ceux et celles qui n'auraient pas encore compris que je suis tombé sous le charme du bébé de Namco Bandai, je ne pourrai que vous inciter à vous procurer cette délicieuse friandise dont le principal écueil est de se savourer trop vite, la durée de vie se résumant à 25 heures environ. Bien entendu, si vous faites fi de ceci et des défauts énoncés plus avant, vous n'aurez plus qu'à ouvrir votre sensibilité et vos oreilles, pour pleinement apprécier cette symphonie vidéoludique.

Bonne surprise ou réveil un peu dur ? Tout dépend de ce que vous attendiez de Tri-crescendo qui se repose, il est vrai, sur la formule consacrée voulant que c'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe. Pourtant, grâce à une esthétique savoureuse, un adorable character design, un système de combat attirant ou un scénario bien amené, on ne voit pas les heures défiler autour de nous. Certes, Eternal Sonata est de courte durée mais malgré tout cette brise rafraîchissante vous illuminera le visage du début à la fin. La partition comporte des erreurs, oui, mais la mélodie n'en reste pas moins ondoyante.