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le magazine consommation
Cette lecture serait grossière. Mais au fond, tout cela ne nous est apparu qu'en suivant les pérégrinations de Madison, l'héroïne, venue enquêter sur une sinistre affaire de disparition de femmes. Au début de la démo, la jeune journaliste, possédant d'ailleurs le regard le plus naturel qu'il nous ait été donné de voir dans un jeu vidéo, se retrouve en face d'une petite maison de banlieue susceptible d'être le domicile d'un suspect. D'emblée, le jeu s'évertue à déployer un système de caméra assez surprenant. D'une vue globale de la façade de la maison, on passera ainsi à ras du sol, près des pieds de l'héroïne, baignés de pluie. L'aspect du jeu se trouve donc être celui d'un véritable film, et témoigne d'une véritable intensité dramatique, au sens premier du terme.
Le joueur est acteur et le pad, loin de jouer le rôle d'un élément perturbateur, cherchera donc à se faire le prolongement de sa pensée. L'objectif étant, si l'on en croit David Cage, de nous en faire presque totalement oublier son existence après seulement quelques minutes de jeu. Ainsi, aussi curieux que cela puisse paraître, l'héroïne ne s'avance que lorsqu'on maintient une gâchette enfoncée. De cette façon, les différents changements d'angle de caméra ne désorienteront pas le joueur, alors que s'il se reposait sur un stick, il serait rapidement perdu. Non, le stick justement, ne contrôle en fait que la petite tête de notre jeune femme, celle-ci se déplaçant toujours dans la direction où porte son regard. Pour amorcer sa petite enquête, la jeune femme s'avance donc et tente de dénicher des indices en fouillant la boîte à lettres ainsi que les poubelles. A chaque fois que Madison se trouve à proximité d'un objet, une petite liste d'interactions, très discrète, apparaît dans un coin de l'écran. Il s'agit alors de faire votre choix, puis de jouer du stick droit pour régler la vitesse à laquelle vous effectuerez votre action.
Après quelques secondes, on dénichera un chaussure à talon aiguille parmi les déchets. L'héroïne se dirige ensuite vers la porte de la maison et par le biais d'un nouveau petit menu, circulaire cette fois, on choisira notre tirade parmi différentes phrases. "Il y a quelqu'un ?". La sélection s'opère en inclinant le pad Sixaxis... Quoi qu'il en soit, Madison poursuit maintenant son exploration et remarque une fenêtre à demi ouverte. On tapote sur le bouton affiché, encore une fois, dans un coin de l'écran, afin d'ouvrir la fenêtre en grand. Après un rapide débat intérieur, qu'on pourra vivre en appuyant sur une nouvelle touche, Madison se faufile par l'ouverture et se retrouve dans une petite cuisine. Et hop, un petit QTE classieux pour rattraper une bouteille tout juste frôlée, et qui semblait partie pour se briser sur le sol dans un épouvantable fracas. A l'étage, notre journaliste de choc finit par tomber sur le cadavre d'une femme, qui baigne dans son propre sang.
Ecoeurée, affolée, elle fait une autre découverte macabre : dans la pièce suivante, la chambre du meurtrier, d'autres femmes, manifestement empaillées, exhibent leurs parodies de visage. Et c'est là, bien évidemment, qu'un bruit de moteur se fait entendre. Le tueur est de retour chez lui et apparaît à gauche de l'écran, qui vient juste de se scinder en deux. De l'autre côté, Madison change d'attitude, suinte la peur, comme une actrice de talent. Mais c'est à vous de voir comment vous tirer de ce mauvais pas. Pour cette fois, notre jeune femme parviendra à se glisser dans la dos de l'infâme tueur, puis s'échappera en passant par le garage. Mais, pour nous prouver que tout aurait pu se dérouler autrement, voilà qu'on charge une nouvelle sauvegarde. Cette fois, Madison se retrouve coincée à l'étage alors que l'homme s'approche dangereusement de la chambre. Elle choisit de se cacher dans une armoire, manque de bol, le bonhomme finit par lui tomber dessus. S'ensuit une course-poursuite dans toute la maison, servie par des QTE et par cette caméra, toujours diaboliquement bien placée. Tout finira bien, cette fois encore, mais beaucoup de choses auraient pu se passer autrement encore. Et là que semble se situer le génie d'Heavy Rain.
L'arrivée du tueur est inévitable, mais la façon de gérer la situation reste entièrement vôtre. Pour autant, on ne sait pas ce que donnera Heavy Rain une fois la manette en main, mais on veut y croire. On croise les doigts, on s'imagine que la convergence du cinéma et du jeu vidéo, dans tout ce qu'elle aurait de plus fantastique, trouvera vraiment son héraut en la personne d'Heavy Rain. Mais pour l'heure, on ne se contentera donc que d'espoirs fous et d'un désir brûlant de tâter enfin de la bête.