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Errant sur une terre enracinée dans la mythologie Perse, celui qui nous apparaît comme étant le nouveau "prince" est le témoin d'un acte irréversible qui marque la renaissance d'Ahriman, le seigneur du mal et de la destruction. Tout comme notre héros, le joueur assiste impuissant à la destruction de l'Arbre de Vie et à la libération de la Corruption, matérialisée par une substance noire qui se déverse aux quatre coins du royaume, contaminant à la fois la terre et les êtres qui la peuplent. Dès lors, le prince n'a d'autre choix que de purifier un à un tous les sites qui ont été touchés par la Corruption, et pour cela il lui faut s'allier avec Elika, la fille de l'homme qui est responsable de ce chaos...
A l'ouest, la citadelle en ruines est le territoire du Chasseur, qu'il vous faudra traquer jusque dans son antre, au-delà des remparts érigés jadis par les Ahura. Devenue une véritable usine de guerre en passant entre les mains de l'Alchimiste, la vallée est une contrée marécageuse dominée par la technologie. Elle jouxte le palais royal, jadis resplendissant, mais désormais fief de la diabolique Concubine. Enfin, à l'est, la cité de lumière est gardée par le Guerrier, un colosse insensible à vos attaques et qui ne peut être terrassé que par la ruse. La noirceur de ces quatre boss récurrents nous fait presque oublier l'absence quasi-totale d'autres ennemis à affronter durant cette nouvelle épopée.
On nous annonçait un monde ouvert et c'est effectivement le cas dans le sens où l'ensemble des 25 zones du jeu sont reliées les unes aux autres sans qu'il n'y ait la moindre scission ou transition, constituant un monde extrêmement vaste qui comporte de nombreux embranchements. Les niveaux en eux-mêmes n'étant pas toujours très vastes, on progresse assez rapidement, mais la durée de vie est rallongée par la nécessité d'aller chercher un maximum de sphères de lumière pour débloquer l'accès aux niveaux suivants. Cette contrainte force le joueur à prolonger nécessairement son exploration pour ne pas avoir à revenir par la suite chercher les orbes laissés en arrière.
Si certains choix de gameplay pourront diviser l'opinion des joueurs, le caractère époustouflant de la réalisation devrait en revanche mettre tout le monde d'accord sur la très grande qualité graphique de cet épisode. Les concepteurs ont adopté un style graphique véritablement unique qui réalise la prouesse de rester incroyablement fidèle aux artworks qui ont servi de base artistique au projet. Le résultat est assez sidérant d'efficacité, les mouvements des personnages étant plus esthétiques que jamais, tandis que les paysages grandioses s'étendent à perte de vue.
Le prince gagne aussi en charisme et n'hésite plus à s'exprimer pour se plaindre ou pour jouer les fanfarons, sans jamais se départir d'une petite pointe d'ironie qui colle bien avec son air un peu bravache. A ses côtés, la princesse Elika a tout d'une dame de sang royal. Opposée à son père qui est tout de même le responsable du déversement de la Corruption à travers le royaume, la demoiselle prend sa quête très au sérieux et n'hésite pas à payer de sa personne pour donner au prince ce qui lui fait cruellement défaut : des pouvoirs magiques. Concrètement, dès que vous êtes sur le point de succomber d'une manière ou d'une autre, l'écran devient blanc et la main secourable d'Elika vous ramène comme par enchantement à l'endroit où vous avez péri.
Les concepteurs ont ainsi clairement affiché leur volonté de proposer un soft qui puisse être apprécié de tous sans requérir nécessairement une grande pratique du jeu vidéo. En plus des traditionnels sauts autour des barres fixes et des courses sur les murs, le prince est désormais capable d'évoluer au plafond en s'accrochant à l'aide de son gantelet métallique pourvu de griffes pour ensuite prendre appui sur des anneaux fixés en hauteur. Des phases de vol interviennent même à certains moments bien particuliers, le joueur devant alors se pencher d'un côté ou de l'autre pour éviter les obstacles.
Que l'on apprécie ou non ce nouveau choix de gameplay, le résultat n'en reste pas moins impressionnant à regarder et agréablement intuitif à prendre en main, même si on ne stresse plus de peur de louper un saut à la vue d'une longue séquence de pure plate-forme. La chose est un peu différente pour ce qui concerne les phases de combat, les modifications apportées étant ici beaucoup plus radicales. Premièrement, l'action est très nettement mise en retrait dans cet épisode. La progression n'est que rarement interrompue par un affrontement, celui-ci pouvant parfois même être évité si vous arrivez assez vite pour anéantir la zone de Corruption avant que l'ennemi n'apparaisse. Les concepteurs ont également pris le parti d'abandonner les combats contre des hordes d'ennemis pour proposer uniquement des duels en un contre un. Ce que les fans de la série risquent de regretter, c'est l'abandon pur et simple des réflexes que l'on avait fini par assimiler complètement dans les Sables du Temps.
Dans cet opus, les duels sont en effet plus attentistes, plus axés sur le timing, le joueur ne pouvant faire aboutir une attaque qu'à la condition absolue de réussir un contre. Autrement dit, vous devez parvenir à parer au bon moment pour déséquilibrer votre adversaire et avoir ensuite le temps de contre-attaquer. En progressant dans le jeu, vos adversaires vous compliqueront la tâche en changeant d'état, ce qui vous obligera à recourir à un type d'attaque bien précis pour les neutraliser. Au final, même si cette nouvelle approche des combats se révèle assez déroutante dans un premier temps, elle révèle son efficacité une fois le système de contre assimilé et a le mérite de faire preuve d'une certaine subtilité. Quoi qu'il en soit, on ne blâmera certainement pas les développeurs pour leur prise de risque, surtout si les éléments mis en place pour rendre la licence accessible à un plus grand nombre de joueurs parviennent à donner un nouvel essor à la saga Prince of Persia.
Malgré des choix de gameplay qui pourraient perturber les habitués, l'aventure se laisse découvrir avec un immense plaisir et un ravissement permanent assuré par une réalisation tout simplement magnifique. Si les prochains volets corrigent les quelques défauts évoqués dans le test, on pourrait assister à la naissance d'une nouvelle trilogie mémorable.