Jeu Xbox 360
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Il n'y a pas de prérequis pour entrer dans les Shivering Isles. Grâce au système de difficulté adaptatif, vous pouvez aussi bien reprendre une sauvegarde de votre personnage niveau 40 que démarrer avec un avatar tout neuf. Dans les deux cas, vous recevez rapidement une alerte vous révélant l'existence d'une curieuse île à l'est de Bravil. Parvenu là-bas, vous découvrez une porte Daedrique vers une autre dimension, un peu comme celles qui menaient vers Oblivion. A proximité de la porte, une voix perfide vous invite à entrer tandis qu'un PNJ s'extrait brutalement du passage, complètement hagard. Un accès de folie meurtrière le pousse soudainement et sans raison à s'en prendre au garde chargé de la surveillance. Vous voilà prévenu : ce qui se trouve derrière le portail a une méchante tendance à vous flinguer les neurones. Cette voix qui vous appelle est celle de Sheogorath, propriétaire du grand royaume qui se trouve au-delà du portail. C'est son serviteur le plus dévoué qui vous accueille immédiatement après que vous ayez crânement franchi le passage. Il vous explique la situation : Sheogorath cherche un champion pour la protection de ses terres, vous devez donc vous rendre à New Sheoth pour le rencontrer. Mais il faut en être digne et passer auparavant l'épreuve du gardien. Cette petite séquence d'introduction permet de jauger un peu la difficulté accrue des combats avant de choisir quel versant des Shivering Isles vous voulez découvrir en premier : le royaume de Mania ou celui de Dementia. En effet, ce monde existe en deux versions. La première est bigarrée, lumineuse et charmante. La seconde est torturée et lugubre. Sheogorath règne sur les deux mondes et vous pourrez passer de l'un à l'autre à n'importe quel comment par le biais des portes de la folie.
Vous allez devoir combattre l'invasion des Chevaliers de l'Ordre et de leur maître Juggalag, rallier le duc de Mania et la duchesse de Dementia à cette cause, et vous plier aux quatre volontés de Sheogorath. A ce propos, le maître des lieux incarne parfaitement le ton de cet add-on. Ses yeux de chats abritent une folie dure qui s'exprime dans la mégalomanie, les envies criminelles et la contradiction permanente. Haskill, l'intendant qui a un balai dans le derrière, est un peu le clown blanc de Sheogorath. Sa manière très cruelle et ironique d'analyser la situation est un délice. Le duc de Mania a la mémoire qui flanche (doux euphémisme), la duchesse de Dementia est parano au point de vouloir tuer tout son entourage, et toute la cour de Sheogorath baigne dans une admiration aveugle et malsaine pour le bonhomme, alors que sa démence n'échappe pourtant à personne.
La quête principale, sur laquelle se greffent tous ces protagonistes, bénéficie donc d'un quotient de bizarrerie qui s'exprime jusque dans les missions. Il y aura ainsi une séquence à la Dongeon Keeper franchement rigolote, une enquête menée grâce à des séances de torture ou une plongée au coeur d'un monde végétal parfaitement répugnant. Certes, il y a un peu de remplissage, plus particulièrement dans les donjons, de taille nettement supérieure à ceux d'Oblivion. Il arrive que l'on finisse par s'impatienter.
Le principal centre d'attraction, là où se trouvent la majorité des quêtes annexes, c'est évidemment New Sheoth. Sorti de là, quelques villages et donjons ont été vaguement parsemés sur le territoire. D'autre part, sachez que vous n'aurez droit à aucun cheval. Les longs déplacements à pied sont donc légion pendant les premières heures, ce qui nous ramène à l'époque de Morrowind. On pense aussi à Gothic 3, avec ce terrain très accidenté, où l'on avance un peu à l'aveugle, et cette faune plus présente et plus dangereuse que dans Cyrodiil. Evidemment, avec le Fast Travel, le risque disparaît progressivement. J'apprécie également les nouveaux monstres. Non seulement ils sont vraiment effrayants, mais leur comportement est souvent accrocheur (saleté de Scalon !). Par contre, Bethesda n'a pas apporté de gros changements de fond : aucune nouvelle classe, pas de nouvelle limitation de niveau et pas la moindre modification apportée sur l'ossature du gameplay.
Les défauts de l'original restent donc perceptibles. L'interface est toujours très grossière, certains mécanismes trop poussifs (l'alchimie notamment), et les PNJ restent assez décevants dans l'ensemble. Il y a moins de coquilles que dans Oblivion, certes, mais une fois sur cinq se glisse un mot en anglais, un texte qui dépasse du cadre ou une traduction à côté de la plaque. C'est franchement navrant : Bethesda n'a donc rien retenu du tollé provoqué par Oblivion à ce niveau-là ? Cependant, cela n'atténue pas l'impression d'être en face d'un add-on très respectable. Tous ceux qui sont allés chercher dans les mods amateurs un peu de folie, d'humour et de fraîcheur peuvent revenir sans crainte dans les bras de Bethesda.
Non, la boîte n'a pas perdu son humour, sa fraîcheur, sa sincérité. Même si le fond n'a pas bougé d'un iota et que certains défauts sont toujours aussi criants, le grain de folie emprunté à Lewis Caroll dépayse très efficacement. La quête principale est amusante, bourrée de situations loufoques, comme aux meilleurs moments de Morrowind. Pour ne rien gâcher, le contenu est riche et agrémenté de quelques nouveautés bienvenues. Du beau boulot.
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