The Witcher est assurément un grand jeu de rôle, et il a été récompensé comme tel dans nos colonnes l'an passé. Avec néanmoins un soupçon de sévérité, dû à quelques défauts énervants, notamment les temps de chargement et les personnages clonés. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais CD Projekt n'est décidément pas un développeur comme les autres. Le studio s'est attaché à corriger ces problèmes, et nous ressort aujourd'hui son hit dans une version revue et corrigée. Cerise sur le gâteau, cette nouvelle mouture contient deux aventure inédites et nous est servie dans un superbe packaging contenant de nombreux bonus. Idéal pour une séance de rattrapage, ou pour redécouvrir cette perle dans toute sa splendeur.
L'histoire se déroule dans une atmosphère sombre : la peste fait des ravages, le racisme envers les non-humains grandit... Et surtout, la poignée de sorceleurs survivants n'ont plus la confiance de la population. Il s'agit de guerriers chasseurs de monstres, ayant subi des mutations génétiques afin de développer leur force et leur résistance. Ils disposent aussi de quelques pouvoirs magiques appelés signes. Le héros que l'on contrôle est l'un d'entre eux, et pas des moindres, puisque Geralt de Riv, c'est son nom, fut réputé pour ses exploits. Mais au début du jeu, il refait surface après plusieurs années de disparition et semble avoir oublié qui il est. Voilà qu'on nous refait le coup de l'amnésie...
On n'est pas lâché dans un vaste monde à parcourir dans tous les sens au gré de son humeur. Non, ici, il faut commencer par les faubourgs, puis atteindre la ville, puis aller dans les marais, etc. La progression est assez cloisonnée. Une impression d'autant plus renforcée que les aires de jeu ne sont pas immenses, et qu'on ne peut pas aller où l'on veut. Même constat une fois dans la ville, où plusieurs quartiers ne sont pas tout de suite accessibles pour les besoins du scénario.
Geralt aura souvent l'occasion d'intervenir dans les événements. De nombreuses quêtes secondaires sont aussi disponibles. Elles sont de deux types : celles qui sont proposées par les personnages avec qui on dialogue sont en général bien construites et s'avèrent plutôt intéressantes. En revanche, les missions annexes disponibles sur les panneaux d'affichage sont ce qu'il y a de pire dans les jeux de rôle : il s'agit ni plus ni moins que d'aller tuer dix noyadés ou huit goules et de rapporter leurs têtes ou je ne sais quelle partie de leur corps (et je ne veux pas le savoir). Ennuyeux, à réserver à ceux qui veulent gagner un peu plus d'expérience ou d'argent. Mais les autres moyens de s'enrichir ne manquent pas : le mini-jeu de poker aux dés est très réussi, et les amateurs y passeront certainement quelques heures pour se hisser au sommet de la hiérarchie des parieurs, affrontant des professionnels pour des mises toujours plus élevées.
Le "vrai" combat, à l'épée, est en revanche bien plus intéressant. Passé le début perturbant, on apprend vite à se servir des combos. Tout est dans le timing : après avoir cliqué sur un ennemi, une première séquence de coups se déclenche. Ensuite, il faut recliquer au bon moment pour déclencher une seconde volée de coups, et ainsi de suite. Au total, ce sont jusqu'à cinq séquences qui peuvent être enchaînées. Ce système se révèle varié et plaisant, quand on commence à disposer d'un panel de coups conséquent et que l'on vient de tenir tête à une dizaine d'adversaires simultanément. Pour cela, il faudra distribuer les talents de manière adéquate. La feuille de personnages est assez spéciale : dans The Witcher, il n'est pas question de caractéristiques chiffrées complexes. A chaque niveau, on utilise des points de talent pour débloquer des compétences liées soit aux attributs, soit aux compétences de combat ou de magie. Pour le signe d'Igni, autrement dit le pouvoir de feu, les talents peuvent augmenter l'angle ou la durée de l'embrasement.
Par contre, de nombreuses potions viennent compléter la magie. Le système d'alchimie est très complet. D'abord, pour pouvoir cueillir des plantes, il faut les connaître. Cela passe par des herbiers qu'il faudra acheter ou acquérir autrement. Le vol n'est de toutes façons pas puni dans The Witcher, on peut piller une maison au nez et à la barbe de ses occupants sans risquer quoi que ce soit. Bref, une fois ces herbiers lus, les connaissances qu'ils renferment s'ajoutent à un journal très fourni dans la section des ingrédients, et vous pouvez récolter les plantes en question. On peut également fabriquer des explosifs, ou des huiles pour enduire les lames et les rendre plus efficaces. Il n'y a pas d'armes magiques à proprement parler, mais c'est une façon de les améliorer, comme la poudre de diamant ou les runes. Au final, le gameplay est rafraîchissant grâce à toutes ces petites trouvailles inédites. Cette Enhanced Edition améliore au passage l'interface de l'alchimie puisqu'une section de l'inventaire est désormais consacrée aux composants, qu'on peut de surcroît trier par nature.
Le design n'est pas en reste, il arrive donc fréquemment d'être en admiration devant le paysage, mâchoire décrochée devant tant de beauté, de petits détails, de lumières sublimes. Ajoutons à cela les effets météorologiques, le cycle jour/nuit parfaitement rendu, les lieux qui fourmillent de vie... Ainsi, les oiseaux s'enfuient sur votre passage tandis que les papillons volettent. En ville, les habitants vaquent à leurs occupations, les chiens errent, les enfants jouent dans les rues. Le monde est vraiment vivant et très cohérent. Cette immersion est renforcée par des bruitages réalistes du plus bel effet.
Avec son système de jeu original, son histoire bien construite, sa réalisation léchée jusque dans les moindres détails, il s'impose comme un grand jeu de rôle, de la race ô combien trop rare des seigneurs, qui laissera une empreinte indélébile à quiconque plongera dedans. Pour ne rien gâcher, la boîte contient de nombreux bonus à un tarif défiant toute concurrence. Quant aux deux nouvelles aventures concoctées par les développeurs, elles sont de bonne facture. La première, "le prix de la neutralité", se déroule au pied de la forteresse de Kaer Morhen. La seconde se passe à Wyzima, alors que Geralt doit sortir son ami Jaskier d'une bien mauvaise passe...
Le précédent test se concluait par ces mots : "affaire à suivre". La voilà donc, la suite, et même s'il a fallu patienter près d'un an pour l'obtenir, ça valait le coup d'attendre. Entre temps, il faut bien admettre qu'il ne s'est pas passé grand-chose dans le petit monde des jeux de rôle PC. Ce vide laisse à The Witcher un boulevard pour s'imposer comme la nouvelle référence du genre.
Avec cette version améliorée, le studio polonais a su tirer les leçons de son premier jet, déjà très réussi, pour nous livrer un jeu de rôle proche de la perfection. Un incontournable, tout simplement, qui fera date dans l'histoire du genre, et dont on reparlera certainement dans dix ans encore, évoquant avec émotion telle ou telle quête. C'est bien là l'empreinte des plus grands, de savoir s'installer durablement dans les mémoires. Il ne reste plus qu'à espérer que les aventures du Loup Blanc ne s'arrêtent pas en si bon chemin, et que les pas des joueurs croiseront de nouveau ceux du sorceleur.
NOTE : 18/20
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